S’il y avait un roi du Sauvignon, ce serait peut-être un Bourgeois

15 Décembre 2014

Non, je n’aurai pas la prétention de dire que les meilleurs vins de Sauvignon Blanc viennent d’ici ou de là, ni qu’un tel ou un tel en soit le meilleur producteur de ce cépage assez protéiforme. Mais, par l’étendue géographique de sa production (toute la région du Centre Loire plus la Nouvelle Zélande), la largeur de sa gamme liée à sa qualité globale, sans oublier la capacité de vieillissement de certaines de ses cuvées, la Maison Henri Bourgeois serait un très sérieux candidat à ce genre de titre, certes un peu absurde.
Le père tranquille de la Maison Henri Bourgeois se prénomme Jean-Marie, techniquement à la retraite mais toujours actif. Mais cette Maison au prénom unique cache une vraie dynastie. J’y compte au moins 6 frères, cousins, pères ou oncles qui y jouent chacun un rôle.
Je n’ai pas le souvenir d’avoir dégusté un mauvais vin de ce producteur sancerrois qui, à la différence de ses collègues, a su aussi s’ouvrir au challenge de produire également aux Antipodes sans renier ses origines ni son approche. Les Bourgeois sont vignerons depuis de nombreuses générations à Sancerre, mais l’entreprise tient son nom, Henri Bourgeois, du grand-père des actuels dirigeants qui exploitait seulement 2 hectares en 1950. Par son action et celles de ses fils, le domaine atteint aujourd’hui la taille respectable de 70 hectares répartis entre les appellations Sancerre et Pouilly Fumé. Jean-Marie Bourgeois, son frère et leurs fils, qui dirigent maintenant les affaires, ont aussi une activité de négoce qui leur permet de couvrir l’ensemble des autres appellations du Centre Loire : Menetou-Salon, Quincy, Châteaumeillant, Coteaux du Giennois, plus quelques IGP. Rien qu’en Sancerre blanc, la gamme est d’une complexité rare : j’en ai compté sept références ! J’avoue être perdu par moments, d’autant plus que les étiquettes ne sont pas des plus lisibles. Mais l’essentiel est dans le verre, et là il n’y pas de déception. Si vous envisagez une visite chez Henri Bourgeois, dont les diverses installations occupent, avec une discrétion admirable qui ne renie pas des équipements d’une parfaite modernité, une bonne partie du village de Chavignol, prévoyez large en temps !

Deux ou trois visages de Chavignol : le village, dans son jus, le chai ultra-moderne d’Henri Bourgeois incrusté dans la colline, et, autour, le paysage roulant avec ses monticules (Sancerre au loin).

Mais une autre chapitre de l’histoire remarquable de cette famille s’écrit aux antipodes de la France, dans l’Ile du Sud de la Nouvelle Zélande. Jean-Marie Bourgeois y acquiert 98 hectares de terre en 2000, puis 11 de plus en 2003. Nommé Clos Henri, ce domaine a obtenu une certification bio en 2013 pour les 42 hectares en production. A la différence des pratiques locales, les plantations sont relativement denses et l’irrigation a été abandonnée. Comme à Sancerre, Clos Henri ne produit qu’à partir de deux variétés : sauvignon blanc et pinot noir. Ce n’est pas que la famille s’est limité à reproduire des schémas connus en sancerrois, car d’autres variétés ont été plantées, puis arrachées devant leur absence de réussite. L’énorme avantage des pays du Nouveau Monde est qu’on peut tout essayer, partout, et que seul le résultat sert de juge. On aimerait tant que la vieille Europe adopte cette approche.
Le restaurant La Côte des Monts Damnés, à Chavignol, sert une jolie cuisine qui renie pas des influences d’ailleurs. Jean-Marc Bourgeois est à la tête de cet établissement qui abrite aussi un hôtel.
Il faut aussi rajouter que cette famille excelle dans la voie de la transmission, car frères, fils et neveux travaillent tous sur le domaine ou dans des affaires annexes à Chavignol, sous le regard des pentes abruptes du vignoble des Mont Damnés. Familiale et aventureux, c’est possible !
Seule une petite partie des vins d’Henri Bourgeois est élevés sous bois, mais cela leur est clairement bénéfique, grâce à une grande attention à la taille du contenant et à la qualité des fûts.

L’objet de ma récente visite à Sancerre étant de tenter d’explorer les possibilités du cépage Sauvignon blanc à table. Mais tout commence chez Henri Bourgeois par une dégustation. A cette occasion j’ai pu admirer la pureté du fruit et la vivacité du du profil des trois Pinot Noirs de Marlborough : Petit Clos 2013, Bel Echo 2013 et Clos Henri 2013. Ce dernier plus riche et charnu avec une bonne longueur. Les sauvignons blancs du domaine NZ ne sont pas en reste, en particulier un Clos Henri 2012 somptueux de saveurs, long et intense. Quelques Sancerre avant d’aller déjeuner au bistrot des Monts Damnés : en particulier La Bourgeoise 2012, pièce maitresse de la gamme, qui m’a impressionné par sa belle finesse et sa superbe qualité de fruit.
A table, nous avons essayé différentes combinaisons afin de mettre à l’épreuve les capacités du sauvignon blanc. Elles se sont avérés conséquentes. Selon la cuvée, jeune ou plus âgée, avec ou sans élevage sous bois, nous avons pu jouer sur une large spectre ne nuances et trouver des bons accords avec terrine de poisson, poisson fumé, huître, poisson frais, agneau et, évidemment fromage de chèvre de Chavignol. Je dois dire que je suis un peu ambigu par rapport à la plupart des choses que je lis sur ce sujet très flou et éminemment personnel des accords mets/vin. D’un côté, j’ai parfois envie de dire que tout cela n’est que foutaise et ne sert qu’à vendre articles et livres. D’un autre, il y a quand-même plein de vins dont l’appréciation est diminuée, voire totalement détruite, par des mets qui ne conviennent pas.
En conclusion, je dirais que le sauvignon blanc offre quand même une gamme de possibilités à table plus large que la plupart des vins.

David Cobbold

 

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