Henri Bourgeois - Les collectionneurs de terroirs

Septembre 2016

Dans la continuité du grand-père Henri, la famille Bourgeois élabore toute une gamme de sancerres et pouillys qui font la célébrité de Chavignol, petite bourgade de la vallée de la Loire.

Tout commence dans la "cave à pépé". Voilà dix générations que la famille Bourgeois arpente l'unique rue de Chavignol, vivant d'une polyculture vivriere habituelle à l'époque. C'est Henri qui va se consacrer exclusivement à la vigne, à partir des quelques hectares qu'il possédait sur les coteaux, avec par chance des vignes sur les Monts Damnés, un des rares terroirs de l'appellation sur marnes kimmeridgiennes, cela singularise ses vins et leur donne très vite une notoriété. Visionnaire, Henri tient à separer les origines et les identités des vins, et sera l'un des premiers à élever et vinifier des cuvées sous bois. Les débuts sont difficiles mais la capitale n'est pas très loin et la vente au porte à porte dans les bistrots et restaurants parisiens porte ses fruits : le nom Bourgeois devient une référence. L'export suit, aujourd'hui dans 70 pays.

Une continuité familiale exemplaire
On visite encore aujourd'hui la maison et la cave exiguë où Henri élaborait ses vins. Ses fils Rémi (aujourd'hui décédé) et Jean Marie développent le vignoble en achetant des parcelles, en sélectionnant les meilleurs terroirs. La génération suivante reprend le témoin, dans une continuité familiale exemplaire, gage d'une réussite qui se traduit par une omniprésence dans le village : une cave moderne au sommet de la bourgade, un caveau d'accueil dans l'ancien chai, des chais à  barriques, un hotel restaurant et la Cave à Pépé. La boucle est bouclée.
Les rôles sont bien répartis : Arnaud est aux commandes générales, Lionel s'occupe du vignoble, Jean Christophe des vinifications, Raymond (le troisieme fils d'Henri) de l'accueil au caveau, Jean Marc met en valeur les produits familiaux dans son restaurant et Jean Marie participe toujours aux dégustations.

En 2000, une nouvelle aventure tente ces artisans du sauvignon et du pinot noir : créer un domaine dans l'hémisphere sud (histoire de faire deux récoltes par an).
Ils choisissent le secteur de Marlborough, en Nouvelle Zelande, sur des terres de galets pour le sauvignon et d'argiles pour le pinot noir qui n'avaient vu que des moutons. 42 hectares ont été plantés et conduits "à la sancerroise". Ces pionniers font figure là bas de petits producteurs, mais les atouts sont bien là : un climat aux nuits froides et aux journées douces, une pluviométrie comparable à celle du berceau berrichon, une certification bio, des moutons pour tondre l'herbe, sans compter le savoir faire maison. Les vins développent une belle personnalité, même si, au fil du temps des similitudes avec les vins de France apparaissent de plus en plus.

Une large palette de sols
Revenons à Chavignol. Le domaine s'étend sur 72 hectares, en appellations Sancerre et Pouilly Fumé. Les sols variés représentent toute la gamme sancerroise. Sur une roche mère calcaire on trouve des silex, des argiles à silex, des marnes kimmeridgiennes, des "caillotes" (calcaires sur argiles brunes). Des tranchées creusées dans les vignes ont permis de caractériser ces sols avec précision ainsi que les profondeurs d'enracinement, ces divers horizons sont présentés au caveau de dégustation, une pédagogie qui explique la démarche maison : faire des vins qui reflètent la personnalité de chaque terroir.

TRES SENSIBLE AU SOL, LE SAUVIGNON DÉVOILE DES PERSONNALITÉS FORT DIFFÉRENTES.

Le domaine comprend 130 parcelles et si l'on ne peut évidemment pas mettre en bouteille 130 cuvées, les Bourgeois ont entrepris de regrouper ces îlots par type de sol, pour des vins tres démonstratifs. Car le sauvignon, tres sensible aux sols peut dévoiler des personnalités fort différentes, tant dans ses arômes, sa structure ou son aptitude a la garde. D'autant que le modèle et les expositions de ces parcelles sont également variables, avec des influences microdimatiques évidentes. Les pentes peuvent être tres accentuées jusqu'à 45 % aux Monts Damnés, les hauts caillouteux ressuient bien les eaux pluviales, les bas plus argileux restent plus humides, les maturités du raisin sont influencées par tous ces facleurs. Encore faut-il, pour bien exprimer ces différences, que la viticulture soit au service de ces expressions et que la vigne puisse se nourrir de la vérité des terroirs.

SON VIGNOBLE
Sancerre et Pouilly-Fumé
Surface : 72 hectares répartis en 130 parcelles
Sols : silex, argiles à silex, marnes kimmeridgiennes, argilo calcaires
Cepages : pinot noir sauvignon
Viticulture : travail des sols très proche des critères bio

Clos Henri en Nouvelle-Zélande
Surface : 42 hectares
Sols : Galets et argiles
Cepages : Pinot noir sauvignon
Viticulture : bio et biodynamie

ARNAUD BOURGEOIS
Si Arnaud,  l'un des fils de Jean Marie est directeur général du domaine, les Bourgeois sont multiples. Lionel est en charge de la vigne, Jean-Christophe du chai, Raymond de l'accueil, Jean Marc est aux fourneaux et Jean-Marie participe toujours aux dégustations. Une véritable tribu berrichonne entièrement dévouée aux vins.

Une viticulture proche du bio
Pour cela, les sols sont travaillés sous le rang, avec des enherbements variables entre les rangs, en fonction de la longueur des pieds. On utilise soit des enjambeurs soit des chemillards en pente forte. Les vignes, plantées entre 7 et 8000 pieds par hectare, sont taillées en guyot simple, avec huit à dix bourgeons par pied, les contre bourgeons sont éliminés, un effeuillage aère la végétation. Les pieds manquants sont complantés, si une parcelle entière doit être renouvelée, elle sera issue d'une sélection massale.
Les amendements sont adaptés a la vigueur des vignes, d'une absence totale à du compost frais, en passant par des apports organiques jamais d'apport chimique. Les traitements sont limités: au cuivre, au soufre et produits bio, mais on ne s'interdit pas une intervention plus musclée si les dangers se précisent. Nus sommes proches d'une viticulture bio, d'ailleurs 30 hectares du domaine sont déjà dans cette démarche et les 20 hectares du domaine Laporte, travaillés par les Bourgeois, sont déjà certifiés.
Lionel Bourgeois est l'artisan de cette viticulture au petit point « Mes parcelles sont mes patients, je prefere faire du préventif que du curatif, explique t il. Nous avons reçu ces vignes des générations précédentes, nous voulons que nos descendants en héritent dans un parfait état ».
Une petite partie est récoltée à la machine, transportée sous glace carbonique pour éviter toute oxydation.
La récolte manuelle est acheminée en caissettes de 12 kg, après tri à la vigne. C'est alors que Lionel passe la main à Jean-Christophe, charge du chai. La cave construite en 1999 est entièrement gravitaire, avec 20 mètres de dénivelé, équipée de deux conquets et six pressoirs pneumatiques. Ses dimensions permettent un traitement immédiat de la vendange, le raisin n'attend pas.

Un sancerre de silex en barriques neuves

Les pinots noirs sont retriés sur une table vibrante par six à huit personnes, ils sont éraflés à 100 % (sur certains millésimes, on peut laisser quelque 10 % de grappes entières). Après une macération à froid pendant huit à dix jours, puis une fermentation en cuves tronconiques de chêne apres levurage des remontages biquotidiens, des pigeages à la main, le vin est laissé une semaine sous marc. Ecoulage, puis élevage en cuves bois ou en barrique selon les cuvées. Une cave reçoit les barriques de rouges, une autre est destinée aux blancs.

Les sauvignons subissent un pressurage direct en raisins entiers, pendant 3 heures, avec séparation des jus.

Si, au début, les jus présentent un pH de 3,15 environ, cela peut monter à 3,5 en fin de cycle, le terroir sera moins mis en évidence. Le débourbage est adapté à chaque qualité de jus, ils subissent une stabulation a froid (5 à 8°) sur lies fines pendant dix jours, puis partent pour des fermentations à 16° C, puis 19° C pendant vingt jours en cuves trapues thermoregulées. On laisse ensuite les vins sur leurs lies, en parcelles séparées, la cuverie a été pensé dans cet objectif, les capacités sont très diversifiées. Les assemblages sont effectués en septembre, les vins sont collés à la bentonite, passés au froid pour précipiter le tartre, légèrement filtrés avant mise en bouteille.

Certaines cuvées de blanc sont vinifiées et élevées en barriques, avec des proportions de bois neuf et des durées d'élevage variables , ils ne sont ni collés, ni filtrés. Henri Bourgeois est le premier en 1984 à vinifier un sancerre issu de silex en barriques neuves, il mourra hélas avant d'avoir pu déguster sa création. La cuvée Etienne Henri est un hommage à son esprit de pionnier.

LA CUVÉE ÉTIENNE HENRI EST UN HOMMAGE À L'ESPRIT DE PIONNIER D'HENRI BOURGEOIS.

Le style des vins

Parmi les sancerres rouges, si Les Bonnes Bouches 2012 présente des touches florales, de petits fruits rouges, d'épices, avec une bouche bien structurée, du fruit, un vin gourmand complexe par une presence epicée, c'est La Bourgeoise 2012 qui parle avec panache, avec un nez ouvert sur la cerise noire, des notes grillées, un corps plus riche des tanins bien lisses, une finale tonique et aromatique.
Du coté des blancs, les sols argilo calcaires induisent des vins aromatiques, vifs et fruités. Le pouilly fumé En Travertin 2015 s'exprime avec des notes de fleurs blanches, fumées, très fruitées, sur la pêche blanche, avec une bouche expressive et gourmande, bien équilibrée, un vin charmeur, sur son fruité immédiat. Le sancerre Grande Réserve 2015 est encore un peu strict, avec une bouche bien structurée, de la mineralité, une matière avec plus de dimension mais aujourd'hui sur sa réserve.

Les marnes kimmeridgiennes apportent rondeur et profondeur : le sancerre Jadis 2013 (vinifié en barriques a 50 %, non collé, non filtré) à un nez citronné, des fruits exotiques, d'agrumes, une bouche vive, avec du tonus, de la concentration. D'évolution lente, il finit encore jeune.
Les silex développent une belle mineralité : La Bourgeoise 2013 (1/3 en barriques, dont 1/3 de neuves) est caractérisée par un nez strict, minéral, avec des agrumes, des épices
poivrées, une bouche bien bâtie, architecturée, une belle finale allongée. La cuvée Etienne Henri 2013 (1/3 de barriques neuves et six mois de cuve) dévoile un joli fruité epicé
et un nez grillé, une bouche dense, profonde, ouverte, un tonus minéral très équilibré, soutenu par une architecture définie, une finale bien allongée, un vin de longue garde. Le
Sancerre d'Antan 2014 (les plus vieilles parcelles, barriques plus âgees) révèle un nez riche, avec un fruité mûr, de la mineralité. Très dense en bouche, au fruité pur, à la belle
tension minérale, à la finale epicée, il sera de belle garde.

SANCERRE BLANC, LA VERTICALE DU DOMAINE HENRI BOURGEOIS
La force de la Côte des Monts Damnés

Les grandes bouteilles
2009 17/20 Un nez complexe, avec du fruit roti, des epices, de la cire. Une bouche ronde mais avec du nerf, une finale complexe sur la mineralité, le cépage est oublié.

2005 17/20 Un très beau nez épicé, fin, avec du fruit rôti, une belle minéralité mariée aux fruits. La bouche présente une matière lissée, tout est fondu entre acidité et matière. En pleine complexité.

1996 17/20 La robe a doré. Un nez ciré et grillé, une bouche profonde, avec de la densité, une belle personnalité aromatique tout en harmonie, le nez est plus évolué que
la bouche.

1995 17.5/20 Nez sur notes de fruits secs, grillés, avec une bouche ample riche, soutenue par une acidité cristalline, la finale est très allongée, un beau vin complexe et très expressif.

1990 17/20 Un nez plus fumé de rose fanée, de truffe. La bouche est ample, avec du fond, une belle matière mûre mais tenue par une belle acidité, le vin finit sur une belle longueur épicée et grillée. Un beau vin de gastronomie.

Les millésimes à garder
2014 16/20 Un nez droit, un peu réservé, sur le fruit blanc, de la mineralité avec une bouche pleine, sur un fruité mûr, un belle minéralité retenue, de la complexité. Beau tonus pour un vin en devenir.

2013 15.5/20 Un joli fruit frais, avec du pamplemousse, de petites épices, une bouche droite,avec du fond une finale bien tendue.

Les millésimes que l'on peut ouvrir
2012 16/20 Un nez sur les fruits blancs matures, des épices. Une belle allonge, la bouche
est sur le fruit avec une longueur bien équilibrée, une finale complexe.

2010 16/20 Des fleurs séchées, des fruits blancs confits, cire et minéralité, acacia, le nez a
pris son allure de croisière. Bouche ample, avec du gras, une belle expression aromatique. Un vin très ouvert, long et frais.

2008 15.5/20 Un nez truffé, de fleurs sechées, de miel. La bouche est plus légère, mais avec de la complexité aromatique, une belle allonge.

La séduction de l'âge
2006 17/20 Un nez plus évolué, sur des notes de thuya, de cire, de fruits secs. Une belle bouche avec du fond, une grande expression aromatique bien tenue par du
tonus. Un vin évolué, mais plein de séduction.

1993 17/20 Un nez de fleurs séchées, de fruits secs, d'épices. Une bouche vive, bien tenue
par le tonus, ce vin a gardé une fraicheur de jeunesse.

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